La bande dessinée est aussi un genre populaire. En 1999, nous arrive un truc génial : Cunéo nous propose sa bande dessinée, Le Mariage de Roberto. Il est à l'époque le seul dessinateur de BD ouvertement gay en France. D'autres se sont lancés depuis, mais il reste, avec son univers gay, décalé, baroque, et en même temps proche de la réalité communautaire, une figure exceptionnelle, et drôle. Nous refusons de verser dans une culture gay lisse et consensuelle.
La BD est une entreprise compliquée. La maison a déjà failli couler plusieurs fois au cours de ses trois premières années. L'impression d'une BD, même en noir et blanc, est très risquée pour nos finances. De son côté, fidèle à son humour permanent, Cunéo continue à retoucher le dessin le jour où nous devons remettre les planches à l'imprimeur ! Puis nous attendons avec angoisse l'avis du Ministère de l'Intérieur qui inspecte les BD avec beaucoup plus de sévérité que les textes (et Cunéo n'est pas sage). Puis, il faut s'imposer dans les librairies spécialisées en BD. Nous n'y arriverons jamais vraiment. Ce circuit est encore timoré quand il s'agit d'homosexualité. Cunéo nous raconte à cette occasion comment, dans une maison spécialisée en BD, ayant pourtant une réputation de qualité et d'indépendance, on lui a déclaré : "Ici, on ne prend ni les pédés ni les femmes !"
Malgré tout, Le Mariage est
un succès.