Je cherchais un décor pour une série de thrillers très urbains, en partie nocturne, permettant d'enchâsser l'intrigue dans des lieux exprimant une densité, un rythme forts, et brusquement Tôkyô s'est imposée comme une évidence.
Tôkyô est une ville chaotique. On y construit n'importe quoi n'importe où. L'immense côtoie le minuscule, l'ultramoderne le traditionnel. On passe en quelques pas d'une gigantesque avenue à une ruelle de village.
Et puis Tôkyô a deux visages : Tôkyô jour et Tôkyo nuit. Le soir la tension engrangée se dégage en une énergie presque palpable. La journée et sa marche disciplinée basculent dans une atmosphère de défouloir inimaginable.
L'alternance jour/nuit est importante dans mes livres, le cosmos en général. Et j'aime particulièrement cette présence des éléments dans des décors urbains parce que la ville est toujours décrite comme contre-nature.
En Europe, jusqu'à une date récente, on connaissait du Japon les temples, les portiques rouges et les objets laqués. Je ne voulais pas de ça. Délibérément sur les deux premiers épisodes de la trilogie, je me suis acharnée à ne montrer que le Japon ultra-moderne. Pour Tôkyô Mirage, la dimension contemporaine des livres étaie établie, et j'ai accepté de laisser ressurgir ce Japon plus ancien.
Mais pour assurer la cohérence, la tonalité d'un livre, il faut faire des choix. Le thriller n'est pas un manuel de sociologie. C'est une peinture pleine de partis pris. C'est à ce prix qu'on donne du relief aux personnages. Je ne me demande pas si mes personnages agissent comme des Japonais conformes. Je les mets en mouvement, et je préfère qu'ils bougent avec amplitude. Il s'agit de créer un effet d'engloutissement pour le lecteur, de l'entraîner dans un piège, qu'il se sente happé par l'histoire. Donc je me documente mais je ne veux pas rester prisonnière de mes recherches. La narration doit primer.